Chaque année, début février, se tiennent les Journées mondiales sans téléphone portable. Cet événement constitue une opportunité pour la communauté universitaire de s’interroger sur ses usages numériques et d’en analyser les impacts environnementaux, sanitaires et sociaux, à la lumière des travaux scientifiques récents et des engagements de l’université en matière de responsabilité environnementale.
Interroger son rapport au téléphone : un enjeu collectif
L’empreinte environnementale des usages numériques
Le numérique représente une part croissante de l’empreinte environnementale. En France, il contribuerait à environ 4,4 % des émissions de gaz à effet de serre, selon les approches fondées sur l’analyse de cycle de vie. Contrairement à certaines idées reçues, la dématérialisation des usages ne conduit pas systématiquement à une réduction des impacts.
Les activités numériques courantes — consultation de contenus en ligne, visioconférences, stockage de données ou réseaux sociaux — mobilisent simultanément les terminaux, les réseaux de télécommunication et les centres de données. Des travaux récents montrent que cette infrastructure matérielle entraîne une consommation énergétique et des émissions significatives, souvent peu visibles pour les utilisatrices et les utilisateurs [1].
Des impacts environnementaux et sociaux significatifs
La fabrication d’un smartphone mobilise plusieurs dizaines de métaux différents, dont certains qualifiés de critiques ou stratégiques. Des études récentes montrent que ces métaux, bien que présents en quantités infimes dans chaque appareil, nécessitent l’extraction et le traitement de volumes importants de minerai à l’échelle industrielle, générant des impacts environnementaux significatifs [2, 3].
Cette extraction est associée à des pressions environnementales fortes (pollution des sols et des eaux, dégradation des écosystèmes, émissions de gaz à effet de serre) et s’inscrit souvent dans des contextes sociaux complexes, marqués par des conditions de travail dégradées, des risques sanitaires pour les populations locales et des tensions géopolitiques liées à l’accès aux ressources [4, 5].
Consommer plus responsablement : de l’usage à l’achat
Faire durer ses équipements
Allonger la durée de vie des smartphones constitue l’un des leviers les plus efficaces pour réduire leur impact environnemental et social. Les analyses comparant différents scénarios d’usage montrent qu’un appareil conservé plusieurs années supplémentaires permet de réduire significativement son impact environnemental annuel, en amortissant les émissions liées à sa fabrication sur une durée plus longue [1, 6].
Trois pratiques à encourager :
- Gérer régulièrement le contenu du téléphone afin de préserver ses performances.
- Limiter la surchauffe, identifiée comme un facteur de dégradation accélérée des composants électroniques.
- Préserver la batterie par une gestion raisonnée des usages et des cycles de charge.
Le recyclage : un levier encore sous-exploité
Le taux de collecte des smartphones en fin de vie demeure faible, estimé à environ 5 %, alors même qu’une part importante des matériaux qu’ils contiennent est théoriquement recyclable. Les travaux récents sur les filières de traitement des déchets électroniques montrent toutefois que la complexité des assemblages et la faible collecte limitent fortement la récupération effective des métaux stratégiques [3, 7].
Afin de faciliter le recyclage des smartphones et autres équipements numériques, l’Université Paris Cité s’appuie sur le dispositif de l’éco-organisme Ecologic, avec lequel elle travaille pour accompagner la gestion responsable des déchets électroniques. L’outil cartographique d’Ecologic permet d’identifier facilement les points de collecte à proximité pour déposer son smartphone usagé.
Vers des pratiques d’achat plus responsables
L’acquisition d’un smartphone neuf génère une empreinte carbone élevée, principalement liée à l’extraction des matières premières et à la fabrication. Les études comparant équipements neufs, reconditionnés et réparés convergent vers un même constat : la réduction de la fréquence de renouvellement des appareils constitue un levier plus efficace que les seuls gains technologiques marginaux [6].
Trois alternatives à privilégier :
- Favoriser la réparation dès la première panne.
- Privilégier l’achat d’appareils d’occasion ou reconditionnés.
- Choisir, en cas d’achat neuf, des équipements conçus pour durer : robustes, démontables, évolutifs, avec batterie remplaçable et connectique standardisée.
Les Journées mondiales sans téléphone portable offrent un cadre propice à une réflexion collective sur les usages numériques au sein de la communauté universitaire. Réduire, prolonger, réparer et recycler apparaissent comme des leviers solidement étayés par la recherche scientifique pour limiter l’empreinte environnementale du numérique et promouvoir des pratiques plus responsables, en cohérence avec les missions d’enseignement, de recherche et de responsabilité sociale de l’Université Paris Cité.
Références
- Belkhir, L., & Elmeligi, A. (2018). Assessing ICT global emissions footprint: Trends to 2040. Journal of Cleaner Production.
- Gómez, M., et al. (2023). Critical and strategic metals in mobile phones. Journal of Cleaner Production.
- Scaramuzza, L., et al. (2024). Environmental impact of metallic element usage in smartphones. Science of the Total Environment.
- Ali, S. H., et al. (2023). Mineral supply for the energy transition. Science.
- Sovacool, B. K., et al. (2023). Extractive industries and social impacts. World Development.
- Ardente, F., et al. (2022). Smartphone lifetime extension and environmental benefits. Journal of Cleaner Production.
- Cucchiella, F., et al. (2023). Recycling of electronic waste: recent advances. Waste Management.
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