L’équipe de la fédération hospitalo-universitaire PREVENT Heart Failure de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP, de l’Inserm et de l’Université Paris Cité, et coordonnée par le Pr Jean-Sébastien Hulot (Université Paris Cité), a réalisé une étude nationale sur le risque de survenue de nouveaux cancers chez les patients ayant une insuffisance cardiaque. Les résultats de cette étude appellent à une révision des pratiques cliniques via une meilleure intégration du dépistage oncologique dans le suivi des patients cardiaques.
L’insuffisance cardiaque et le cancer possèdent de nombreux facteurs de risque communs (vieillissement, tabagisme, etc.). Si les effets cardiotoxiques des traitements anticancéreux sont bien documentés, l’impact d’une pathologie cardiaque préexistante sur le développement d’un cancer reste quant à lui peu exploré.
L’étude, conduite dans le contexte de la fédération hospitalo-universitaire PREVENT Heart Failure, vise à déterminer si les patients présentant une insuffisance cardiaque ont un risque accru de développer un cancer, indépendamment des facteurs de risque habituels. Elle s’intéresse également à l’incidence de différents types de cancers et à l’impact sur la mortalité.
En se basant sur les données du système national des données de santé (SNDS), cette étude de cohorte, a inclus 330 867 patients adultes hospitalisés pour un premier épisode d’insuffisance cardiaque entre 2010 et 2019. Pour chaque patient, trois témoins sans insuffisance cardiaque ni cancer préalable ont été sélectionnés, soit un total de plus de 1,3 millions de patients inclus dans l’étude. L’objectif premier est de mesurer la survenue d’un premier cancer après le diagnostic d’insuffisance cardiaque.
Après un suivi d’un peu plus de quatre ans, les incidences annuelles du cancer sont de près de 21,9 pour 1 000 personnes à l’année, contre 17,4 chez les patients témoins. L’augmentation est observée pour la plupart des cancers solides¹, et plus particulièrement en ce qui concerne le cancer colorectal, et le cancer du poumon, de même que pour le myélome multiple. Il est estimé que 16,5 % de ces nouveaux cas de cancers solides sont directement attribuables à l’insuffisance cardiaque chez ces patients. Il s’agit d’une estimation statistique qui indique qu’une proportion théorique des cancers observés pourrait être liée à l’insuffisance cardiaque ; toutefois, cela ne prouve pas un lien de causalité direct. Par ailleurs, les patients présentant une insuffisance cardiaque ayant développé un cancer présentent un risque de décès accru par rapport aux patients atteints de cancer sans insuffisance cardiaque.
Ces résultats soulignent également la nécessité d’une approche transversale entre cardiologie et oncologie, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies de prévention et à une prise en charge plus globale des patients atteints de maladies chroniques.
1. Type de cancer qui forme une masse ou une tumeur dans un organe ou un tissu du corps, par opposition aux cancers dits « liquides » comme les leucémies ou les lymphomes, qui affectent principalement le sang ou les cellules du système immunitaire sans former de tumeur solide.
Références
Increased cancer incidence in patients with pre-existing heart failure: results from a French nationwide cohort study
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