Une amie des études coréennes nous a quittés en 2025.
Pour qui a eu le bonheur de la rencontrer, Roberte Hamayon était une personne dont l’accueil était d’une simplicité et d’une bienveillance qui portaient à la discussion, une discussion qui n’était pas frivole. Elle avait l’humilité des chercheurs qui allient une connaissance approfondie à une riche expérience humaine, de celle qui décentre de sa culture d’origine. Pendant plusieurs décennies, Roberte Hamayon fut une compagne des études coréennes qui étaient alors en développement, d’un développement qui ne pouvait laisser prévoir ce qu’il est aujourd’hui. Pour qui l’a connue depuis les années 1990 par le biais des études sur la Corée, sa présence attentive et sa collaboration généreuse rend nécessaire cet hommage.
Directrice d’études des « Religions de l’Asie septentrionale » (entre 1974 et 2007), russophone spécialiste du chamanisme sibérien, considérée comme la fondatrice des études mongoles modernes en France, son lien aux études coréennes était celui d’une amitié contractée avec le regretté Alexandre Guillemoz (1941-2021), anthropologue et spécialiste du « chamanisme » coréen contemporain. Les deux anthropologues partagèrent des terrains de recherche en Corée et assistèrent à des kut. Pendant plusieurs années, Alexandre Guillemoz assura la direction du Centre de Recherches sur la Corée (1994-2005) ainsi que de la structure qui était alors, en France, l’unique équipe de recherche en études coréennes (2001-2005), reconnue par le CNRS. Il y joua donc un rôle central, riche d’échanges académiques.
Ainsi, en 1984 (information fournie par Florence Galmiche, maîtresse de conférences à la section d’études coréennes de l’UFR LCAO), Alexandre Guillemoz et Kim Seongnae invitèrent Roberte Hamayon sur leur terrain de recherche dans l’île de Cheju. En 1992, nos trois anthropologues collaborèrent pour la rédaction d’un numéro thématique de la revue Diogène sur le chamanisme (n° 158). En 1997, Guillemoz et Hamayon organisèrent la quatrième conférence de la Société internationale pour l’étude du chamanisme à Chantilly. Alexandre Guillemoz travailla en effet sans relâche durant plusieurs décennies près de la mudang chamane Puch’ae à qui il consacra une monographie à la fin de sa carrière (La Chamane à l’éventail, 2010). De cette passion commune naquit une amitié qui retentit positivement sur ce qui était alors le petit milieu des études coréennes, incluant nos collègues de la section d’études coréennes : Florence Galmiche et Yim Eun-sil, mais aussi, au niveau européen, Bodejiwn Walraven, actuellement professeur émérite de l’Université de Leiden en Langue et Littérature coréennes.
Un des plus beaux fruits de l’engagement de Roberte Hamayon vis-à-vis du terrain coréen fut la direction de thèse qu’elle accepta d’assurer auprès de Nathalie Luca, anthropologue, qui travaillait sur la secte protestante sud-coréenne de l’Église de la providence, thèse soutenue en 1994. Elle publia sa thèse en 1997, sous le titre : « Le salut par le foot. Une ethnologue chez un messie coréen. » Actuellement directrice de recherche rattachée au Césor (Centre d’études en sciences sociales du religieux), Nathalie Luca expliquait récemment les deux approches différentes, mais complémentaires, qu’incarnaient les deux chercheurs : Alexandre Guillemoz investissant un terrain singulier en ethnographe, tandis que Roberte Hamayon, tournée vers une théorisation générale du chamanisme, travaillait en anthropologue.
La dernière fois que j’ai eu l’occasion de rencontrer Madame Hamayon, c’était en décembre 2016, lors d’un magnifique colloque à l’université Paris Diderot organisé par Anna Caiozzo, professeure d’Histoire du Moyen Âge, sur « les mises en scènes du pouvoir » où celle-ci intervenait comme présidente de séance. Elle devait se sentir dans son élément en relation avec des terrains multiples relevant de différentes aires culturelles où le local rejoint le global.
Merci à vous, Madame Robert Hamayon, de votre humanité et de votre science, de votre soutien et de votre amitié !
Yannick Bruneton
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