Nous adressons nos félicitations à Yujie Wang, qui vous convie à sa soutenance ; sa thèse, réalisée sous la direction d’Isabelle Barbéris, et dont la soutenance aura lieu le 13 février à 9h en salle 105 du Bâtiment Olympe de Gouges (8 place Paul Ricoeur, 75013 Paris), porte sur le sujet suivant : « La blessure d’enfance au théâtre, de Sarah Kane à nos jours : enjeux dramaturgiques et scéniques ».

Résumé de thèse

Avec l’incidence du mouvement #MeToo, la libération sans précédent du discours sur la blessure d’enfance a permis de mettre en lumière un sujet longtemps marginalisé dans le domaine dramaturgique, et relégué en arrière-plan dans le cadre de la mise en scène théâtrale. Ce sujet, autrefois ignoré voire refoulé, notamment en ce qui concerne les violences subies par les enfants, a peu à peu capté l’attention des dramaturges et est devenu un des enjeux majeurs du théâtre contemporain. L’objectif de cette recherche est d’analyser la réponse du théâtre à ce nouveau défi de représentation, en examinant comment le théâtre parvient à transmuer la blessure d’enfance d’une expérience intime, tue et internalisée, en une réalité concrète que l’on peut nommer, montrer et partager collectivement. Cette recherche suivra la trajectoire de la blessure d’enfance, d’un sujet intransitif à un objet saisissable, structurée en trois volets. La première partie, s’appuyant sur le principe d’historicisation de Bertolt Brecht, retrace l’évolution historique du thème, établissant comment la blessure d’enfance est passée de l’angle mort au cœur des enjeux dramaturgiques. La deuxième partie se concentre sur la réponse formelle des dramaturges à cette émergence. Ancrée dans la théorie de l’« épicisation » du drame de Peter Szondi, elle explore les stratégies dramaturgiques et poétiques par lesquelles s’objective ce nouveau sujet. Enfin, le troisième volet s’élève vers l’aboutissement scénique. S’appuyant sur les théories post-dramatiques de Hans-Thies Lehmann, il montre comment le plateau matérialise la blessure d’enfance en un objet perceptible et collectivement partageable, accomplissant ainsi sa subjectivation et sa transitivité. En définitive, cette recherche entend démontrer que le processus par lequel la blessure d’enfance passe du « taire » au « dire », à l’instar du mouvement #MeToo, représente non seulement une mutation formelle où la dramaturgie de l’action cède la place à celle de la parole, mais aussi un déplacement du regard du théâtre. En inscrivant la blessure d’enfance comme matrice tragique contemporaine, le théâtre s’oriente désormais vers l’exploration de la relation du sujet avec lui-même, confrontant l’être moderne à ses propres limites et à sa vulnérabilité constitutive. Ce tournant engendre un nouveau paradigme dramatique pour penser le collectif, fondé sur la vulnérabilité partagée, mais s’éloigne de la catharsis traditionnelle, permettant d’esquisser les contours du théâtre de l’avenir : un théâtre de la reconnaissance

Mots-clés :

Blessure d’enfance, Théâtre contemporain (1995-2024), Théâtre postdramatique, Dramaturgie, Épicisation, Mise en scène, Subjectivité, Transitivité

Jury de thèse

 
  • Présidente du jury : Patricia Luce LIMIDO, Professeure en esthétique et philosophie de l’art, Université Paris Cité
  • Rapporteuse : Marianne BOUCHARDON, Professeure de littérature française, Sorbonne Université
  • Rapporteuse : Françoise HEULOT-PETIT, Maîtresse de conférences HDR en arts du spectacle, Université d’Artois
  • Membre invité : Vincenzo MAZZA, Docteur HDR en arts du spectacle, Université Paris Nanterre
  • Directrice de thèse : Isabelle BARBÉRIS, Maîtresse de conférences HDR en lettres et arts, Université Paris Cité

 

Horaire et Lieu de soutenance

Vendredi 13 février 2026 à 9h
Université Paris Cité – Bâtiment Olympes de Gouges,
8 place Paul Ricoeur, 75013 Paris
Salle 105